Mon fils, ma bataille
je l'ai vu revenir cinq minutes après son départ pour l'école, il m'a demandé 1 euros cinquante pour le bus, "je ne les ai pas," lui ai-je dit en regardant dans mon porte-monnaie, tu vas râter le bus, viens, je te conduis en voiture jusqu'à l'arrêt. Me voilà donc en pyjama, foncant pour tenter de rattrapper le bus, il me regarde du haut de 1 mètre 70, il a quinze ans, il est grand, il est fort, c'est mon deuxième fils, Dragan, hier soir, il m'a demandé de lui raser la tête, cela lui va bien, il a une tête bien ronde. Je me souviens du jour de sa naissance, la précipitation après une nuit blanche, le départ pour l'hôpital, je me rappelle de l'excellente sage-femme, énergique comme il faut, déterminée, et puis tout se passe si vite, la sage-femme dira même, "mon dieu, il arrive comme un ballon de foot..."
Ouf, il est dans le bus, je me dis, mais qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour râter l'école, est-ce inconscient cette manière de revenir à la maison alors qu'il sait que je peux aller le rechercher, qu'il suffirait qu'il m'appelle avec son portable. Mais je suis une mère poule, la course poursuite pour le bus m'a permis de lui dire que je serais là, "à midi pile, man," il rajoute. D'accord.
L'affection pour mes gamins est toujours mêlée d'une inquiétude, je suis inquiète naturellemnt, pour leur avenir, et ce bonheur que j'aimerais leur offrir. Je suis comme un radar, sans cesse à l'écoute, et cela marche, mes enfants me racontent tout : des bonnes comme des mauvaises notes, les histoires avec les autres jeunes. Dragan m'interroge plus particulièrement car le système scolaire ne lui convient pas. Il n'accroche pas à l'école, malgré ses capacités, sa bonne mémoire. Son bulletin est extraordinairement passable en dehors de deux matières : le sport et la techno. Je sais ce qu'il veut : gagner sa vie le plus rapidement possible, et je sais pourquoi : pour s'acheter les derniers maillots de foot, le dernier téléphone portable, et les jeux vidéos , en fait la liste est même plus longue. Il pense que c'est faisable : travailler dans une entreprise avant 18 ans, le monde du travail l'attend si on l'écoute. J'essaie de lui expliquer que faire des études, c'est la bonne vie...il sourit, pense peut-être à son grand frère qui lui, fait des études, peut-être que oui, effectivement, ça lui plairait, des études, mais alors, en glandant, en passant d'une classe à l'autre, comme ça, juste pour sa bonne mine...