09 juin 2006

deleuze2, revivre un cours magistral....

"Ha, voilà en gros tout le thème sur lequel je voudrais tourner aujourd’hui, c’est que on comprend pas du tout ce que c’est que la philosophie quand on la définit simplement comme un art… ou, une discipline des concepts… et pourtant elle est cela… C’est alors que je me raccroche à ce que l’on disait la dernière fois sur Nietzsche, mais la philosophie, c’est bien autre chose, parce que un concept, si vous traitez un concept tout seul, bon, ça a pas grand intérêt, c’est satisfaisant pour l’intelligence et puis voilà, et encore il faut aimer… comme ça. Mais, à mon avis, jamais les concept n’ont été séparables de deux autres choses, et ces deux autres choses, il faut les appeler, ne serait ce que pour l’harmonie de la comparaison, il faut les appeler des affects et des percepts.
Et un concept, c’est zéro, mais zéro, zéro, zéro, si ça ne change pas la nature de vos affects. Premièrement et deuxièmement, si ça ne vous apporte pas de nouveaux percepts… Qu’est ce que ça veut dire ? Sentez que c’est très nietzschéen, là… Donc un concept, supposons, c’est quelque chose d’intelligible, c’est une intelligibilité…

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Je veux dire, c’est comme ça qu’il faut lire la philosophie, c’est comme un roman quoi, c’est comme, ça se distingue des romans par d’autres caractères mais c’est, voilà… mais qu’est ce que c’est ? Voilà un homme, en tant que philosophe, qui vient vous dire, :non plus dissipez les illusions dont vous êtes victimes à l’aide de la raison, mais vient vous dire : la raison dans son, dans sa vigilance, la raison en tant que raison, la raison en tant que raison droite engendre des illusions dans lesquelles vous tombez nécessairement… On peut appeler ça une fantastique révolution… Alors, est-ce que ça veut dire, soyez contre la raison ?… Non, il y en a d’autres qui pourront en tirer cette conséquence, Kant pas du tout… Ces illusions sont inévitables, mais vous devez en prendre conscience… à charge pour lui de donner un certain statut de l’illusion… Bon, très bien, si on se dit, mais, alors voilà ce qu’il fallait faire, si vous voulez, il suffit jamais quand un philosophe, et là, j’ai déjà commencé ce dont je veux parler aujourd’hui, il suffit jamais, quand un philosophe veut lire, pas plus que quand un poète ou quand un n’importe qui, il suffit jamais de lire la lettre du texte, et même de comprendre cette lettre, c’est vrai que la lettre est morte… C'est vrai que la lettre est morte,… tant que vous avez pas saisi quelque chose, appelons le pour le moment, de l’ordre de l’affectif… Ce que j’appelle de l’ordre de l’affectif, c’est… l’étrangeté, une espèce d’étrangeté, il faudra se demander ce que signifie une telle étrangeté, l’étrangeté sous-jacente à des propositions philosophiques.
Que c’est bizarre, hein, et d’où vient cette idée, d’où peut venir cette idée que la raison engendre des illusions ? Que la raison dans sa vigilance, encore une fois… c’est pas le sommeil de la raison qui engendre des monstres, - c’est la vigilance de la raison… qui engendre, des hallucinations, des illusions. Il va de soi que tout le problème de la vérité en est bousculé. Si je me demande d’où ça vient, ça sera encore une confirmation pour notre recherche, mais on n’a pas à avoir ce problème. Si je peux là, pourquoi pas, mais ça m’avancerai même pas, puisque ça vous est égal, vous ne perdez pas le fil, hein? Bien.

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Et ben, si on se demande d’où ça vient cette idée… des illusions de la raison… on verra que ça vient d'Une nouvelle conception du temps… C'est une nouvelle conception du temps. c’est parce que Kant se fait et impose une nouvelle conception du temps… que, dès lors, la raison ne peut plus être considérée, ne pourra plus être considérée comme la simple garantie… ou comme la simple dénonciation des illusions, mais comme elle-même génératrice d’illusions… Et l’illusion comme illusion de la raison, comme illusion engendrée par la raison, c’est quoi ? C’est avant tout… l’illusion comme engendrée par la raison, c’est… je dirais, c’est ce que, bien plus tard, la phénoménologie devait appeler : l’"horizon. L’horizon! le Monde, le Moi, Dieu… sont trois formes.... Et un concept, c’est zéro, mais zéro, zéro, zéro, si ça ne change pas la nature de vos affects. Premièrement et deuxièmement, si ça ne vous apporte pas de nouveaux percepts… Qu’est ce que ça veut dire ? Sentez que c’est très nietzschéen, là… Donc un concept, supposons, c’est quelque chose d’intelligible, c’est une intelligibilité…

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Je dis : tout concept doit être référé à un affect, et à tout concept, il faut demander… quels nouveaux affects m’apportes-tu ? Mais, ce serait rien ça encore, et vous verrez, il faut , seulement il le dit pas, vous avez un concept, bon, il ne le dit pas, les nouveaux affects qu'il apporte. C’est à vous… Les concepts, ils sont de différentes sortes, ils peuvent êtres scientifiques, ils peuvent être philosophique. Bon, j’entre pas dans la question : quelle différence y a, mettons, voilà… mais de toute manière, même quand c’est des concepts, scientifiques… tant que nous ne savons pas ce que ça change dans nos affects, on n’a pas encore compris le sens du concept. Je dirai qu’est-ce que c’est, la question, si je reprenais la question du sens ? Qu’est-ce ça veut dire le sens, le sens d’une proposition ? Pour trouver le sens d’une proposition, à mon avis, il faut d’abord la ramener à un concept… ou il faut désigner le concept dont elle dépend, et ensuite, il faut découvrir deux choses : à quels affects ce concept est lié et qu’est-ce que ce concept me fait percevoir ? Sous entendu, que je ne percevais pas avant de cette façon.
En d’autres termes, tout concept est inséparable d’un affect et d’un percept… ou de plusieurs. Je veux dire : ce que vous êtes en droit de demander à la philosophie, si la philosophie vous intéresse, c’est que, lorsque l’on vous propose, ou ce que vous êtes en droit de demander à la science, également, c’est de vous donner, de vous inspirer de nouveaux affects, car de toutes manières elle le fera, même si vous ne le savez pas, alors il vaut mieux le savoir… et vous faire percevoir de nouvelles choses, vous inspirer de nouveaux affects. Là, je voudrais prendre des formules, des formules très fréquentes chez certains philosophes, c’est : augmenter, finalement, c’est augmenter, votre puissance d’exister… j’emploie là, comme un terme qui serait comme commun à Nietzsche et à… et à Spinoza : modifier votre puissance d’exister.

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Sûrement vous pouvez vous décaler, pour laisser, hein, non. C’est pas possible…Si bien que j'arriverais presque à une définition très, très bizarre, d’apparence très bizarre du concept. C’est curieux, je me retrouve en train… quoi ? Ah ! La salle est pleine. C’est bien, elle ne peut plus recevoir personne, hein, bon, heu, heu, vous la fermez, alors, la porte… Il faut mettre un écriteau c’est plein, quoi, comme au cinéma… Bon ben voilà… L’inspiration, j'ai plus d'inspiration… … Donc, vous voyez, vous comprenez, je vous en supplie, essayez … heu … Un concept, ce serait un quelque chose… qui modifie… (on entend dans la salle "chut", "taisez vous") Ben, vous savez, hein, moi, bon sang, je l’ai déjà dit mille fois pourquoi je ne pouvais pas souhaiter une salle plus grande, je sais que tout le monde est mal ici quand c’est plein, ben, c’est plein, et puis tant pis, je ne peux pas, je ne peux pas, je le répète une fois de plus, je ne veux pas aller en amphithéâtre. Bon, je n’irai pas en amphithéâtre pour une raison très simple, que je répète pour la dixième fois, mais il y en avaient qu'étaient pas là, les autres années, si je vais en amphithéâtre, je suis foutu, c’est-à-dire ce que je souhaite depuis des années et arrive parfois à obtenir et à sauver, à savoir la possibilité, hein… que n'importe qui intervienne, et dise quelque chose, la possibilité que je sois interrompu, même si ca me gêne, tout ca disparaît en amphithéâtre. Mon rêve, je ne l’ai jamais caché, c’est vraiment, et c’est un rêve qui me paraît humain, c’est vraiment de pouvoir faire cours devant cinquante personnes. Il est pas question que je les choisisse, je ne ferai pas de fermeture, mais tout le monde ici sait bien que, ou bien je fais un numéro de clown, ce que je fais depuis plus de dix ans, ou bien, un jour, un jour, je me dis ça, j’aurais les conditions de travail, et que les conditions de travail c’est pas être en amphithéâtre, c’est travailler avec cinquante types au maximum. Alors, à cet égard, il faut pas que ceux qui sont mal m’en veuillent le moins […]
Tout est fini, tout est fini, à ce moment là, je vous ferais un cours, heu, je vous ferais un cours, voilà: tout fait. Et encore vous ne savez pas à quel point un cours ça peut être, vous ne savez pas ce que ça peut être, hein, mais, je vous l’apprendrais à ce moment-là, ce que ça peut être. C’est pour ça que je tiens à cette salle, c’est pas par sadisme que je m’enferme ici. Alors, ce que je demande comme convention, c’est que- il n’y a pas pour moi d’autres moyens de travailler-, et encore une fois, déjà, moi je trouve que les conditions où je suis dans une salle, petite, sont déjà lamentables. Il me faudrait, il me faudrait ce que l’on appelle dans les autres pays, un séminaire, c’est-à-dire, trente, trente, quarante types avec qui je travaillerais .A ce moment-là, ça me ferait faire à moi des progrès très considérables. En enseignant ici, dans les conditions où j’enseigne, ça continue à me faire faire des progrès pour moi. Donc, j’espère que ça en fait faire à ceux qui viennent, mais je sais que en amphithéâtre, je n’ai plus rien à foutre, absolument plus rien, ça me fera pas faire des progrès, pas le moindre progrès dans ma recherche. L’amphithéâtre et la recherche sont deux choses qui s’opposent. Si je prétends vous donner, et je trouve que c’est un peu mon honneur, je suis pas le seul, généralement les profs font ça, si on enseigne, c’est ça, si je prétends vous tenir au courant ou vous parler d’un état de recherche dans lequel je suis, et je ne vois pas sinon pourquoi je ferai des cours, si c’était pour vous raconter des choses déjà toutes faites, et bien, je ne peux pas le faire en amphithéâtre, j'peux pas, c’est pas, c’est pas faisable. Tout ceci pour donner une justification à ceux qui s’étonnent, mais il y en a eu tous les ans pour s'étonner de cette situation, de cette situation; mais pour moi, elle est vitale, voyez, elle est… Je suis aussi mal que vous, accordez-le moi, mais elle est vitale, je ne peux pas, je ne peux pas aller dans une salle plus grande…

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Alors j’essaie de dire, oui, je reviens à cette histoire, vous comprenez. Les concepts dont je dis : tant que vous n’avez pas trouvé quelles affections leur sont liées, quels affects leur sont liés, en quoi et de quelles manières ils vous affectent et en quoi et qu’est-ce qu’ils vous font percevoir. C’est ça les deux problèmes. En d’autres termes, pour parler tout simple, il faut que votre manière de sentir en soit changée, même sur des points minuscules, il faut que vous voyez des choses, que, mais que vous voyez au sens de la perception, des choses que, avant, vous ne voyez pas. Je veux dire en ce sens, que tout concept est quoi… pulmonaire et visionnaire… heu, enfin je trouverai un mot meilleur, c’est-à-dire qu'il est inséparable d’affects et de percepts. Et les Anglais, les Anglais, ils ont vu ça très bien. James, par exemple, le frère de Henri. William James, proposait une philosophie qui réellement se taillerait sur des percepts, et il disait : pas de concept sans percept. Bien plus, il disait les concepts, lui il disait que ça l’intéressait même pas. Ce qu’il lui fallait, c’était de nouveaux percepts, de nouvelles manières de percevoir… Or moi, je crois qu’il y a plutôt une trinité concept/affect/percept… qui est fondamentale, mais un concept, c’est une intelligibilité qui ne prend son sens que par les affects auxquels il est lié en tant que concept... et les percepts, les nouveaux percepts qu’il nous donne. Un auteur comme Bergson, aussi, a énormément, énormément insisté quand même sur ceci. Un concept, c’est une nouvelle manière de découper le monde. Dans un concept, vous rassemblez des choses qui, jusqu’alors, étaient, étaient désunies, étaient étrangères les unes aux autres, et au contraire et en même temps, vous en séparez, qui jusque là étaient réunies. Si vous sentez une nécessité de réunir ce que l’on a séparé jusqu’à vous et, et de séparer ce que l’on a réuni jusqu’à vous, à ce moment là vous pouvez vous dire : je tiens un concept.

Posté par petit taf à 13:54:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]


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